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Tableau « Sur la rivière, ou les sujets de sa Majesté »

« Un beau jour, je suis parti passer deux mois dans la région de Tver – un ami m’avait demandé de garder sa maison en son absence. Sa maison se situait dans la forêt, ce qui me permettait de faire de longues promenades quotidiennes.

Lors d’une de ses balades, j’ai découvert une plaine jonchée de nombreuses souches, étonnamment disposées en cercle. Elles étaient vieilles et géantes, mais elles étaient surtout…. Vivantes.

 

Cela donnait l’impression qu’un jour une forme de vie extraterrestre était venue sur cette plaine et que sa visite avait définitivement changé la vie de ces souches.

 

Chaque souche paraissait fonctionner comme un État autonome, on y observait des personnages qui vivaient à l’intérieur. Ils prenaient soin de la souche et l’aimaient, et en retour, elle semblait les protéger.

 

En voyant cela, j’ai eu l’envie de faire une série des tableaux en l’honneur de ces souches. J’ai donc peint une souche en été et une autre en automne. Celle de l‘automne m’a même inspiré un poème, que j’ai décidé d’intituler comme le tableau, « Ôtez votre chapeau – c’est le matin ».
 

Le tableau final de cette série devait représenter la souche en hiver, et il devait s’appeler « Sur la rivière, ou les sujets de sa Majesté » . Trois ans durant j’ai essayé de la peindre, mais en vain. Je n’y arrivais pas.

 

J’ai donc décidé de revenir dans la maison de mon ami en hiver et je me suis rendu en motoneige dans la forêt à la recherche de cette souche.

 

Il faisait beau, et la journée était paradoxalement froide et ensoleillée. Sa Majesté la souche et ses habitants passaient un beau moment. Le tableau les a capturés lors du couché du soleil, alors que tous les habitants se reposaient en faisant la luge, en pêchant ou jouant à divers jeux.

Seules les responsables de la souche allumaient les réverbères pour la nuit.

 

Porté par la bonne humeur qui y régnait, j’ai moi aussi décidé de faire de la luge, et j’en ai même oublié de poser ma palette…

 

Les pêcheurs étaient assis sur la glace, et menaient des conversations du quotidien.

Les poissons nageaient tranquillement sous la glace. Seuls les enfants et la vieille dame pouvaient les apercevoir, les pêcheurs étaient bien trop préoccupés par leur discussion.

 

Un homme descendait la côte en motoneige de fortune bricolé avec des tonneaux.

 

Les bonhommes de neige menaient la garde autour de la souche. Les visiteurs sans invitation n’y étaient pas les bienvenus.

 

Pendant que je faisais la luge, les petits bonhommes ont volé mon tableau et l’ont accroché sur la Grand Place. Ils étaient tellement heureux que je les ai dessinés qu’ils ont décidé de faire de ce tableau leur blason.

Cela me faisait mal au cœur de me séparer de ce tableau, mais d’un autre côté, le fait de savoir que j’y étais me réchauffait le cœur.

 

Il était maintenant temps de rentrer, sans le tableau…

 

Je me suis alors demandé : si un jour je souhaite le revoir, comment vais-je pouvoir le retrouver ?

Et là, un chien qui passait, a pissé juste à côté d’un bonhomme de neige.

  • Mais qu’est-ce que ! – cria le Bonhomme de Neige avec indignation.

  • Mais voyons, c’est juste la signature du peintre – répondit le chien en s’excusant.